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Le Montreal Screwjob

Tôny 12/04/2009


Le dossier sur les meilleurs matchs de Wrestlemania étant terminés, la catégorie rétro reprend pleinement ses droits en visitant les matchs et les faits marquants de l'histoire du catch. Cette fois-ci, il sera question de l'un des moments les plus importants de la WWE, si ce n'est le plus important : le Montreal Screwjob (que l'on pourrait traduire poliment par le traquenard de Montreal). Retour sur le combat entre Bret Hart et Shawn Michaels aux Survivor Series, le match le plus controversé de toute l'histoire !

Un contrat en or pas vraiment respecté

Tout d'abord, pour tout comprendre de cette situation périlleuse, prenons le temps de détailler le contexte dans lequel se trouvaient les principaux acteurs, afin de juger de la tension qui régnait... Nous sommes au mois d'octobre 1996. Bret Hart avait quitté la WWE et était en plein break depuis Wrestlemania 12, dernier jour où il avait effectué un match officiel. Désormais prêt à reprendre ses activités, il avait le choix de revenir vers son ancienne compagnie ou de joindre la fédération concurrente et dominante sur le moment, la WCW. Hart aura alors longtemps retourné sa veste, optant pour une compagnie puis pour l'autre. Les offres de contrat ont régulièrement évolué, la surenchère menant à une somme raisonnable proposée par la World Championship Wrestling, tandis que Vince McMahon jouait le tout pour le tout en proposant un contrat de... 20 ans. Un contrat en effet très particulier qui proposait au Hitman, alors âgé de 40 ans, de continuer sa carrière de catcheur pendant 3 ans à raison de 1,5 million de dollars par an, avant de se voir offrir un emploi à la tête du staff créatif de la compagnie. Il s'est avéré qu'au final, Bret Hart a opté pour un retour au "bercail" en raison de la relation de confiance et de loyauté qu'il avait établi avec la WWE depuis plus d'une dizaine d'années.

Seulement quelques mois plus tard, alors que Bret Hart a officiellement réintégré les rangs de la WWE, Vince McMahon demande au catcheur de donner une tournure heel à son rôle, alors que l'un des éléments stipulés dans le nouveau contrat était qu'il serait un favori des fans jusqu'au bout. Si Hart a naturellement refusé dans un premier temps, son patron est revenu quelques temps après avec une liste d'adversaires qu'il aurait à affronter s'il restait face ainsi qu'une autre s'il venait à passer heel. La comparaison n'avait pas lieu d'être à l'époque : si l'Excellence Of Execution "trahissait" ses fans, il aurait l'occasion d'affronter l'Undertaker, Steve Austin ou encore Shawn Michaels, tandis que des catcheurs comme Vader et Mankind lui auraient été proposés s'il restait face. Pour ne pas dévaloriser son rôle de Hitman, Bret accepta finalement de devenir heel. Un accord verbal avait néanmoins été établi quant à un retour rapide au statut de face après ces rivalités... C'est ainsi que le passage heel eut lieu à Wrestlemania 13, tandis que Stone Cold devenait à cette occasion un face. Dès le lendemain de sa victoire mémorable, il effectuait un discours à Raw anti-américain, mettant en avant la supériorité des canadiens. Les mois suivirent et Hart s'impliqua dans son rôle, faisant du Hitman heel un certain succès.

Un accord effectué à contre-coeur

Pendant ce temps, la WWE n'est pas au mieux financièrement et tend à courber l'échine face à la domination de la WCW. McMahon doit alors annoncer à plusieurs de ses catcheurs, dont Bret Hart, que le paiement de leur salaire sera retardé... indéfiniment. Puis, en septembre 97, le président de la WWE veut renégocier le contrat du Hitman, le salaire passant de 1,5 million de dollars à... 750 000 dollars. Hart refusa tout bonnement. McMahon n'avait alors d'autre choix que de rompre son contrat et de lui proposer d'aller voir la "concurrence", ce que le principal concerné fit. Mais l'attachement étant un facteur jouant plus qu'il n'y paraît, Hart avait du mal à entamer les négociations d'un contrat avec Eric Bischoff, à l'époque président de la WCW. Celui-ci, sentant l'hésitation du catcheur, abattait toutes ses cartes en offrant un contrat béton à 3 millions de dollars par an afin de le convaincre. Mais, que voulez-vous, l'Excellence Of Execution avait son cœur à la WWE et, tandis qu'il ne lui restait plus qu'une journée pour déposer son préavis avant de voir son contrat à la WWE automatiquement reconduit pour un an, Vince rentra de nouveau dans la danse stipulant qu'il pouvait cette fois-ci payer l'argent dû au catcheur. The Pink & Black Attack resta donc ouvert aux propositions, mais cette fois-ci, il ne souhaitait pas discuter d'argent, mais de scénario, afin de savoir comment devait évoluer son personnage alors qu'il était heel.

Vince fit trainer les transactions en longueur, et tandis que l'heure fatidique marquant la date butoir d'envoi de son préavis sonnait, Bret Hart n'avait toujours pas su faire son choix et multipliait les appels vers le président de la WWE tandis qu'il en recevait autant de la part de Bischoff. Avec plusieurs heures de retard, McMahon vint enfin avec un scénario sur un an impliquant le Hitman, HBK, l'Undertaker et Ken Shamrock. Les quatre catcheurs se seraient affrontés de multiples manières aussi bien en un contre un que dans un Fatal Four Way. Dans cette histoire, il aurait été champion de la WWE entre le 19 janvier et le 29 mars, date de Wrestlemania 14 où il devait alors perdre contre Steve Austin. Auparavant, il aurait fallu qu'il perde trois fois contre Shawn Michaels, ennemi personnel avec qui il n'est pas disposé à travailler sur une base aussi régulière. Il n'en fallait pas plus pour convaincre, à contre-coeur, Bret Hart qui envoya son préavis et signa son contrat pour la WCW dans la foulée le 1er novembre 1997.

Une fin de match difficile à déterminer

Si la WCW et le catcheur s'étaient mis d'accord pour ne pas rendre publique cette décision avant le 10 novembre, Internet faisait à l'époque d'ores et déjà des ravages, et le fait est que certaines personnes étaient suffisamment bien renseignées pour spéculer quant à ce départ de Bret Hart. Ces rumeurs ont rapidement été interprétées comme étant la vérité par  divers journaux qui publiaient alors dans leur page sport la nouvelle. Quant à McMahon, il semblerait qu'il n'ait pas été au courant de la situation non plus, effectuant plusieurs déclarations publiques visant à nier ces "rumeurs"... Et cette incertitude ne fit que monter d'un cran la tension qui régnait en coulisses. Il fallait en effet développer une issue au match opposant Hart à Shawn Michaels pour le championnat de la WWE, main event des Survivor Series qui avait lieu le 9 novembre.  Les deux acteurs du combat ont à maintes reprises montré le peu d'enclin à combattre l'un envers l'autre, et décider qui allait perdre relevait du casse-tête. D'autant plus que le Pay Per View se déroulait à Montreal, au Canada. Autrement dit, une salle où la foule aurait été à 100% derrière le champion en titre, Bret Hart. La possibilité d'un match nul a rapidement été évincée, car Vince McMahon voulait que Bret Hart se débarrasse de sa ceinture, plus ou moins persuadé à ce stade du fondement des rumeurs quant à son départ. Étant donné qu'il ne connaissait pas la date de son départ, le plus tôt était donc le mieux. Et ce "plus tôt" tombait le jour des Survivor Series.

Mais Bret Hart ne l'entendait pas de cette oreille, et le fait est que son contrat encore en vigueur avait une clause en cas de départ qui stipulait qu'il aurait un pouvoir créatif quant au déroulement de ses matchs 30 jours avant son départ. Le Hitman fit jouer cette clause, ce qui officialisa ainsi son départ à la WCW. Et l'Excellence Of Execution refusait absolument de perdre la face devant "son" public et de devoir perdre face à son rival sur le ring comme dans la vie. En échange, il était prêt à abandonner son titre à n'importe quel moment à partir du 10 novembre, ou même de perdre contre n'importe qui, HBK compris. Les discussions se poursuivent mais n'aboutissent toujours pas entre les acteurs du match et McMahon qui gère seul la situation, alors que nous sommes le 9 novembre dans l'après-midi ! Le match en lui-même était devenu le match le plus attendu de l'histoire du catch (oui, plus que Hulk Hogan contre André The Giant) et les médias et les fans avaient rendu l'ambiance complètement électrique. Vince, dans cette situation, capitula en premier et accepta la version de Bret Hart. Il conserverait donc son titre ce soir avant de l'abandonner le lendemain à Raw en expliquant la situation aux fans. Néanmoins, ce soir, le Hitman partirait du Canada en héros, et c'est à peu près tout ce qu'il souhaitait.

La préparation du combat

Sur cet accord, Shawn Michaels et Bret Hart, en professionnels qu'ils sont malgré la haine qu'ils se vouaient, travaillèrent sur le déroulement du match qui devait se produire devant les caméras quelques heures plus tard afin d'offrir le meilleur spectacle possible en dépit du peu de temps qu'ils leur restaient... Une fin par disqualification fut rapidement décidée dans un match qui devait durer une quinzaine de minutes. Mais cela paraissait trop court aux yeux de certains organisateurs de la compagnie, dont Pat Patterson. Ce dernier proposa un autre fin, avec un brin de spectacle en plus. Cette fin impliquerait une chute de l'arbitre, qui tomberait dans les vapes. Pendant ce temps, le Heartbreak Kid porterait le Sharpshooter à son adversaire sous les huées de la foule. Hart renverserait rapidement la prise et le challenger abandonnerait, mais l'arbitre ne pouvait le voir. Hart se relève pour réveiller l'officiel, mais, le temps de se retourner, Michaels effectuerait son Sweet Chin Music. Un deuxième arbitre arrive, effectue le tombé, mais Owen Hart arriverait pour interrompre le compte. Le premier arbitre, reprendrait ses esprits pendant ce temps-là et commence à son tour un nouveau compté, duquel Hart se dégagerait à la dernière seconde. De multiples tombés auraient suivi, pour au final offrir une double disqualification.

Malgré tout, la nervosité n'était pas pour autant retombée. Hart se méfiait toujours et appréhendait la situation, de même que ses proches. On lui conseillait de ne jamais rester au sol trop longtemps durant le combat, d'être en mouvement sur le ring la plupart du temps et de se relever au compte de 1 aussi souvent qu'il lui était possible. Néanmoins, si le Hitman voyait un coup tordu possible, il estimait que ce dernier viendrait plutôt de Michaels lui-même qui pourrait lui placer un vilain coup qui le mettrait KO. Et pour cause, il avait fait joué son influence pour placer Earl Hebner, un ami proche, en tant qu'arbitre du match. Quoi qu'il en soit, l'heure du match est arrivée, et les acteurs font leur entrée en scène. McMahon est mystérieusement absent de la table des commentateurs, et Shawn Michaels fait son travail de provocation (quelque peu exagéré à mon sens) en manquant de respect au drapeau canadien. Bret Hart entra, à son tour, immédiatement propulsé au rang de face exceptionnellement. Et nous y voilà :

De multiples trahisons

Non, la fin ne s'est pas "tout à fait" déroulée comme prévue... Si Shawn Michaels portait alors le Sharpshooter comme cela avait été décidé, on peut trahir le regard que Shawn Michaels jette vers McMahon durant une fraction de seconde, avant qu'il ne porte la prise de finition. La suite est allée très vite. Bret Hart était censé faire monter la pression dans la foule en restant quelques secondes pris dans les mailles du Sharpshooter, mais le temps qu'il réalise que l'arbitre était debout, il était déjà trop tard. Hebner et McMahon crièrent en cœur au chronométreur de faire sonner la cloche, et l'arbitre s'enfuyait dans la seconde au lieu de lever le bras du vainqueur du match. Pour information, on dit qu'une voiture, moteur démarré, l'attendait de suite en dehors de l'arène... Et on comprend maintenant pourquoi la sécurité était aussi nombreuse tout autour du ring. Sur le moment, les deux catcheurs semblent aussi surpris l'un que l'autre, avant que le président ne crie au vainqueur de prendre la ceinture et de "dégager" de là. Jerry Brisco, raccompagnant un HBK affichant un air plutôt énervé, lui "recommanda" de lever les bras devant le public, ultime provocation, avant de quitter la scène.

Après le match, les discussions furent plutôt animées dans les coulisses. Shawn Michaels jura à son adversaire du soir n'être au courant de rien et qu'il était déçu de cette fin et prêt à abandonner le titre. Les autres catcheurs étaient complètement confus par cette histoire et se posaient des questions sur leur propre avenir si Vince McMahon était capable d'agir de la sorte envers l'un de ses plus fidèles employés jusqu'alors. L'Undertaker, ayant déjà une position influente parmi ses pairs, prit la décision de se rendre au bureau de Vince. Ce dernier s'était réfugié à l'intérieur, verrouillant la porte. L'Undertaker lui cria de venir présenter immédiatement ses excuses auprès du Hitman, ce que le président fit étonnamment au bout d'un certain temps. La discussion entre les deux parties fut plus qu'animée, la victime de ce complot n'acceptant bien entendu pas les justification qui lui étaient présentées. Le tout éclata en bagarre générale entre les proches de Bret Hart et de Vince McMahon. Au résultat des courses, le président se prit un coup de poing et Davey Boy Smith se blessa au genou... Au final, si beaucoup de gens nièrent d'avoir été mis au courant de ce "screwjob", l'évidence prouvait le contraire. Que ce soit les caméramans, qui s'arrangeaient pour filmer la fin du combat de telle sorte que l'on ne puisse pas voir Bret abandonner, la régie, qui envoya la musique du vainqueur bien trop rapidement, de même que l'annonceur qui désigna le nouveau champion dans la précipitation, ou encore Triple H et Chyna qui accompagnèrent Shawn. Ce dernier aussi, s'est trahi à plusieurs reprises avec ses regards jetés autour de lui lors de la conclusion. Tous savaient.

Globalement, le scepticisme était le sentiment dominant, les autres catcheurs se demandant s'il ne s'agissait pas tout simplement de la mise en scène la plus géniale du catch, ne pouvant croire que cela était "vraiment" arrivé. Ces mêmes personnes ne savaient pas non plus quoi penser de la culpabilité de Shawn. Il est vrai qu'après visionnage de la vidéo, son attitude montre plus ou moins qu'il est dépassé par les évènements et que ses agissement sont alors dictés par McMahon et Brisco. S'il était probablement en effet dépassé par ces évènements et que l'on pouvait expliquer ceci par une certaine naïveté, le fait est qu'on lui avait expliqué le déroulement de ce scénario à l'avance et qu'il a facilement accepté, trop heureux de porter préjudice à son rival. Oui, Michaels est définitivement un acteur de ce Montreal Screwjob et non un simple pantin. Et dans le doute, la majorité du vestiaire préférait l'ignorer. Mais quoi qu'il en soit, ce fut bel et bien l'image de McMahon qui fut principalement écornée... Qui obligea ce dernier à créer le personnage de "Mr" McMahon, patron diabolique sur les écrans pour accompagner sa réputation d'homme manipulant ses employés en abusant de son pouvoir... C'en était en tout cas fini de Bret Hart à la WWE et cette histoire marqua à jamais l'histoire du catch, ses acteurs étant désormais beaucoup moins naïf quant au comportement de ce business.

PS : Je vais devoir m'absenter une bonne partie de la semaine prochaine. Je vais tâcher de paramétrer la publication automatique d'un ou deux articles, mais ils ne seront pas en rapport avec ce qui pourrait se dérouler dès lundi prochain. Et je ne pourrais donc pas non plus assurer le suivi de ce qui sera publié. Néanmoins, je laisse l'autorisation de publier des commentaires en place, je vous fais confiance (et à raison, j'ose espérer) quant à votre capacité à pouvoir débattre d'un sujet dans le respect de l'autre et le respect des catcheurs. Si cela venait à mal se passer, comprenez bien que je devrais alors à l'avenir bloquer toute publication de commentaire dès que je m'abstenterai, ce qui serait assurément une contraire pour vous comme pour moi... Alors tenez-vous bien, et merci de votre compréhension !

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